dimanche 28 juin 2009

Conte à l’école


Dans la bulle des Bullois. Le FESTMOC-Patrimoine organise des interventions contées au collège Bullier de NkolMebanga, en vue de permettre d’autres échanges entre artistes et élèves.
Le 08 novembre dernier, l’auditorium du Collège Bullier, pleine à l’œuf. C’est une surprise presque pour les parents confondus en élèves. Comme chaque année depuis trois ans, la programmation du FESTMOC-Patrimoine organise des interventions contées dans cet établissement confessionnel qui abrite aussi bien des élèves externes que des pensionnés de l’internat. Pour les anciens, chaque édition est attendue avec beaucoup d’impatience. Dans la salle, plus de trois cents élèves, enseignants et parents surpris par les hôtes du jour et d’autres invités. Pour le principal l’abbé Emmanuel Aurélien EBODE, « c’est la fête et il faut qu’elle se poursuivre avec les invités venus des quatre coins du monde entretenir les élèves et leur proposer d’autres moyens pédagogiques. On apprend des cultures différentes qui se déploient à chacune des éditions pour partager ensemble avec les élèves de cet établissement ».
Pour Donald MVONDO de la direction artistique du Festmoc « nous sélectionnons des conteurs qui proposent de nouvelles orientations pédagogiques ; l’exigence c’est que les contes contribuent efficacement à l’éducation des élèves tout en leur inculquant l’art du spectacle. Nous savons par exemple que les établissements confessionnels veillent sur une certaine moralité et on tient compte de tous ces détails.» Cette année, les conteurs programmés ici, viennent du Gabon, de l’Algérie, de la France, du Tchad et du Cameroun. Mohamed Adi, conteur invité, est aussi responsable de l’association Pied Nu à Marseille en France. Il travaille sur ce type de projet aussi bien dans les établissements scolaires que d’autres milieux sociaux « c’est toujours une expérience formidable d’aller dans les établissements conter pour les élèves. Nous leur présentons d’autres formes d’enseignement. Les conteurs ont des styles différents. » Les conteurs se sont succédés sur la scène de l’auditorium pendant plus d’une heure et demi sans interruption avec la participation des élèves qui réagissaient soit par des cris d’émotions ou simplement des éclats de rire à déchirer les mâchoires. « Nous sommes émues chaque fois que les conteurs peuvent partir de la ville de Sa’a pour venir conter pour nous dans notre établissement. Les conteurs sont très talentueux, ils ont une manière de nous parler de notre quotidien, de notre passé avec une dextérité à nulle autre pareille. » Confie Julie, une externe venue spécialement à l’établissement pour écouter les conteurs.

Martial E.NGUEA

jeudi 25 juin 2009

E d i t o: FESTMOC PATRIMOINE : NEW LOOK



Le FESTMOC Patrimoine 2008 donnera une fois de plus aux amoureux de contes, une occasion véritablement festive du 03 au 09 novembre 2008 à Sa’a avec des conteurs venus d’Afrique Centrale, d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest. Cette 9ème édition donne une grande place à la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel. Cette année on note des innovations majeures : des interventions contées à la prison de Sa’a avec une remise de dons, des contes au marché, mais aussi et surtout une rencontre avec les patriarches locaux qui nous relateront les histoires ayant marquées la vie de leur localité.
Les activités annexes telles que les rencontres et échanges professionnelles entre artistes viendront enrichir ce tableau.

Les conteurs invités à cette édition 9 : Mohamed Adi, Mathias Ndembet, Mamadou Sall, Dorient Kaly, Kiemtaremboum Edwige, Sanvee Beno, Vaber Douhouré, Christian Koulnodji, Django Benjamin, Doudou Nzio Mboma, Watanga Boniface, Kary Coulibaly, Toumani Kouyaté, Donald Mvondo, Merveille Mouto, Joachim Fouda, David Nounji, Flavie Gbagouma, Arsène Beyene, Bertrand Baleguel, Martin Abega, se donneront à fond pour valoriser le conte, et faire une intelligente mixture entre la richesse patrimoniale de leur pays respectif et l’adéquation avec la langue.

L’Afrique peut être fière d’avoir sa langue pour affirmer sa place créatrice dans la diversité culturelle mondiale. Sa’a, pendant 7 jours se fera un grand plaisir de recevoir ces artisans du verbe qui porteront avec eux leur culture et leur manière de vivre.
Nous profitons de ces quelques ligne pour adresser nos sincères remerciements à tous nos partenaires institutionnels, et je citerais ainsi le Ministère de la Culture, la Mairie de Sa’a, l’Organisation Internationale de la Francophonie, le CERDOTOLA, et tous ceux qui, de près ou de loin, nous ont aidé dans la mise en place de cette neuvième édition.

Le comité d’organisation du FESTMOC-PATRIMOINE 2008 souhaite à toutes et à tous une bonne lecture de ce magazine N°4 du FESTIVAL. Ces écrits sont comme des noix de cola qui se partage. Bonne lecture!

Léonard Logmo

mercredi 24 juin 2009

Ça Conte ! Festmoc-P 9è, c’est parti !




La 9e édition du festival les moments conte-patrimoine, s’est ouverte le mardi 04 novembre 2008 à Sa’a

« Conte, langue et patrimoine ». Voilà le thème sous lequel s’est ouvert mardi aux environs de 15H, à l’esplanade de l’hôtel de ville de Sa’a , la 9ème édition du festival les moments conte-patrimoine organisée par l’association carrefour des conteurs contemporains. Pour le ministère de la culture représenté par le délégué provincial de la culture du centre, c’est une initiative louable, d’autant plus digne d’intérêt qu’elle participe à la sauvegarde et à la survie de notre patrimoine culturel « celle-ci passe par la collecte et la conservation des contes et des supports matériels ».
La nécessité d’une telle démarche reste à démontrer, le conte étant non seulement un outil de communication de masse, mais également une structure qui a été marginalisée, par nos sociétés traditionnelles, « l’objectif principal est de préserver le patrimoine matériel, valoriser l’utilisation des langues locales à travers le conte ».

Pour le représentant du Ministère de la culture l’initiative d’œuvrer pour sauvegarder et protéger le patrimoine culturel immatériel, mérite d’être encouragée, soutenue et pérennisée. L’occasion était propice pour davantage rendre hommage à Sévérin Cécile ABEGA et souligner à grand trait le rôle de conscience du FESTMOC-P que joue pour l’éternité celui-ci, « l’hommage particulier qui lui est rendu au cours de cette édition est à la fois le témoignage de son action pionnière et me semble-t-il, l’invitation aux élites à suivre l’exemple ». Au final, compte tenu du rôle multiforme du conte, le Mincult invite tout d’abord les membres du FESTMOC-Patrimoine à faire preuve d’un engagement ferme et du souci de l’excellence et rassure les conteurs sur le soutien et la disponibilité du ministère de la culture à travailler pour le plein épanouissement des œuvres de l’esprit et de leurs créateurs.
Marie Nadège NLANG

Interview de Léonard Logmo



« C’est un évènement qui traite principalement du patrimoine immatériel »
-Nous voici pratiquement au terme du FESTMO-P, que pensez- vous avoir oublié pour cette 9ème édition ?
Je pense avoir tout oublié. En ce sens que j’avais tellement de chose à faire, j’ai donc fait la majorité. Mais cependant j’ai toujours l’impression que c’est un recommencement parce qu’il y’a toujours de nouvelles pistes , de nouveaux horizons.
-Quels sont les temps forts du challenge de cette année ?
Cette année c’est la phase des hommages en l’occurrence celui rendu à Sévérin Cécile ABEGA. Autres temps forts les rencontres et échanges professionnels entre artistes locaux et internationaux invités. Autre temps fort en ce qui concerne la thématique, c’est le collectage qui a commencé Sa’a et qui va se poursuivre dans la Sanaga maritime avec en prime l’édition d’un ouvrage de contes collectés sur les sites emblématiques, monuments, personnages historiques. Il faudrait signaler que les contes en prison ont aussi été l’un de nos temps forts qui entrent dans le culturel mais aussi dans le social.
- Peut-on mener à bien un tel brassage culturel sans ressources ?
Impossible d’organiser ce type d’évènement sans ressources. S’il faut parler de ressources, cela me donne la nécessité de recadrer les différentes ressources à savoir : matérielle, humaine, financière, économique. Je voudrais insister sur le fait que la ressource financière n’est pas la plus importante dans un festival socio- culturel comme celui-ci.


C’est d’abord la ressource humaine qui est vitale, capitale parce que, en travaillant avec une équipe jeune, volontaire, soudée, acquise aux idéaux de l’association, on arrive à faire de grandes choses. Avec une équipe assez disponible, qui a envi de donner on est à l’abri de certaines surprises. Ce qui nous permet de trouver un moment pour manger, discuter avec les artistes et même conter. La ressource financière est toujours nécessaire parce qu’elle permet de réaliser un certain nombre de choses et d’éviter le stress et de travailler avec assurance. Malheureusement cette ressource est la plus rare; on a l’impression que cela prend du temps pour rentrer dans les préoccupations personnelles des uns et des autres. Donc on a besoin du soutien institutionnel de la localité pour obtenir le soutien financier de partenaires.
-Quelle est l’originalité du Festmoc-P ?
C’est un évènement qui traite du patrimoine principalement immatériel et ensuite matériel. Donc c’est un évènement qui prend pour point d’appui la richesse traditionnelle. Aussi il se déroule en milieu rural et touche les populations à la base qui sont dans les villages ; et qui souffrent plus de pauvreté mais travaillent pour la vie de la nation à travers la culture qui est la base de notre économie. Originalité en ce sens que personne ne vient faire son show, sa fête, mais les participants viennent construire pour le développement des carrières des uns et des autres en mettant communément la réalisation des différents projets, les possibilités de diffusion, de création. Bref, le festival travaille fortement l’aspect structurant en valorisant la continuité du travail de chaque artiste invité à l’évènement.
-Quel aura été le parcours de la première édition à celle-ci ?
Au départ, le festival a commencé à Yaoundé où l’idée est née. Ensuite il a été question d’établir un pont entre la ville et le village c’est alors que le festival est devenu itinérant. Au départ il était local (national), il est devenu international en abritant diverses nationalités, venant des quatre coins de l’Afrique, d’Europe et d’Amérique. A ses débuts le festival avait une variante festive et agro-pastorale et par la suite on a mis sur pied une thématique pour chaque édition. Il se déroulait normalement sur une période beaucoup plus longue au départ, mais par la suite il s’est réduit pour tenir sur une semaine. Il est passé de la phase instable en ce qui concerne son personnel à une phase stable chacune porteuse d’énergie nouvelle. Il est passé d une phase pas très connue au départ, (le conte étant un genre émergent dans le monde et particulièrement au Cameroun) vers une phase très médiatisée développant les aspects communicationnels tel que la présence d’un journal du festival.
-Quel bilan faîtes-vous aujourd’hui et quelles sont les perspectives pour les années à venir ?
Le bilan est assez positif dans la mesure où les populations des localités ciblées commencent de plus en plus à se rendre compte de l’impact socio-économique et culturel sur la localité. Il est positif en ce sens que nous avons des partenaires institutionnels qui croient en notre travail en l’occurrence l’Organisation Internationale de la Francophonie qui nous appuie depuis quelques années déjà, le ministère de la culture qui se rend compte de l’importance du projet et l’accompagne depuis pratiquement trois ans. Il existe une certaine stabilité dans les activités choisies, très peu d’improvisation, mais surtout beaucoup d’originalité.
Comme perspectives, c’est aboutir à un grand festival qui se déroulerait pendant plusieurs mois. Avec comme souhait de toucher les localités rurales afin d’y installer un véritable marché du conte pour la promotion et le développement de l’activité du conte, mais aussi la promotion des carrières artistiques.
Marie Nadège NLANG

Collège Polyvalent: La première fois, conte ! Ça Bouge



Les conteurs du Festmoc-patrimoine ont rendu une visite aux élèves du collège polyvalent de Sa’a
Il est environ 09H. Ce matin du jeudi 06 novembre 2008 lorsqu’ au cœur d’une palmeraie de Sa’a, sont rassemblés une quarantaine d’élèves avec les regards tournés dans la même direction. Sandrine POUTA avec un entrain maternel, les entraine au pays des rêves. Alice au pays des merveilles n’est pas loin de là! Tout d’abord distraits en début de représentation les collégiens villageois, cèdent sans contrainte aux émotions. La nostalgie des histoires de grand-mère remonte progressivement à la surface. Dans le sillage des colporteurs d’histoires TOUMANI Kouyaté du Burkina Faso, Mathias NDEMBET du Gabon, Mohamed ADI, Bertrand BALEGUEL etc. Chacun a réservé pour les enfants les contes les plus caustiques qui puissent exister.
La majorité des contes étaient nouveaux pour ces jeunes qui les écoutaient pour la première fois « tout ceci est nouveau pour moi. C’est
merveilleux et instructif, j’ai retenu par exemple ce matin que toute personne est utile qu’elle soit petite ou grande »avoue NGONO BENYOMO élève en 4ème année électricité au collège polyvalent de Sa’a.
C’est justement là l’objectif du festival les moments conte-patrimoine qui se veut un moyen de communication afin de revaloriser le conte. Ce festival apparaît aujourd’hui comme l’un des porte-flambeau de la renaissance culturelle de notre continent « la revalorisation du conte permet d’assagir de former l’enfant dans la vie active puisque l’apprentissage ne se limite pas seulement au niveau de l’école il faut avoir des idées d’homme étant donné qu’un intellectuel c’est celui qui a une connaissance élargie » ajoute M.NGAH Donatien, délégué du personnel du collège.
Et les colporteurs peuvent alors se retirer convaincu sans nul doute d’avoir évadés les esprits du collège.
M.N.N

ZOOM PRISON



« Je voulais communier avec mes frères détenus »


Au cours de l’intervention contée à la prison principale de Saa, MOHAMED ADI invité au FESTMOC- P a procédé à une remise de dons aux détenus. Dans un entretien à battons rompus, il donne ses motivations.
Pourquoi susciter autant d’intérêt pour les détenus ?
Je suis issu d’un quartier défavorisé. Je suis une exception culturelle dans mon pays. C’est pour ça que je me bats, pour l’accès au droit et à la culture au grand nombre. Donc, chaque fois que je suis dans une action culturelle, je tiens à ce que mes frères issus du même milieu que moi puissent aussi logiquement et naturellement partager ensemble ces moments privilégiés.

Si je suis allé en prison c’est pour plusieurs raisons: non seulement j’ai risqué de faire la prison, mais aussi tous mes copains ont fait de la prison. Ensuite j’ai souhaité donner le goût de la réussite aux détenus. Question de leur redonner de l’espoir dans ce milieu marqué par l’échec.
A voir toute votre mobilisation, on a l’impression que la remise des dons en milieu carcéral est une tradition pour vous.
Non ! C’est simplement un plaisir pour moi de donner quelque chose. Déjà là, ce qu’on a fait était de leur permettre de s’évader dans leur tête.
-Qu’avez-vous ressenti lors de cet autre échange ?
De l’émotion et une très grande générosité de ce qu’ils nous ont donné en retour. Les femmes, les conteurs, ceux qui étaient présents et à l’écoute, on sentait le poids de la détresse, c’était fort.

-Quel message pouvez-vous véhiculer à l’encontre des détenus du monde entier ?
J’espère qu’un jour les prisonniers n’existeront plus. Qu’il n’y aura plus d’inégalité entre les hommes. Quand les hommes auront tous les mêmes chances, ils prendront conscience de l’avenir de l’humanité. Et c’est là où nous les hommes de culture intervenons avec des messages tel que aimez-vous les uns les autres. La religion l’a instruit, nous le martelons sous une autre forme. Partageons !

Propos recueillis par Marie Nadège NLANG

Interview de Christian KOUNOUDJI


« J’ai réalisé qu’il n’y a aucun complexe à avoir face à un public »
-Quel regard portez-vous sur le Festival les moments conte- patrimoine ?
Pour moi, cette initiative est louable, vu les conditions de la politique culturelle en Afrique qui essaye de tenir malgré les difficultés que rencontre l’organisation ou la coordination de cet évènement. C’est une expérience intéressante dans la mesure où l’on fait des rencontres professionnelles et humaines.
-Sur scène, quelle technique utilisez-vous pour captiver l’attention du public ?
Je suis d’abord un comédien étant donné que j’ai eu à apprendre le B.A.BA de la comédie. Après une analyse, j’ai réalisé qu’il n’ya aucun complexe à avoir affaire à un public en face. Je me familiarise au public qui est devant moi et je le considère comme un ami. Comme autres techniques j’utilise également la musique avec mon « kondou » qui est un balafon du Tchad, la danse, les proverbes, et les devinettes.
-Quel rapport existe entre votre mise en scène et vos textes ?
Très souvent, j’utilise mais indirectement la mimique. J’essaye de traduire certaines paroles avec le geste pour expliquer certains mots. Depuis six ans, je travaille avec les écoles maternelle et primaire où j’ai développé ces mimiques.
-Comment se présente l’activité du conte au Tchad ?
Dans mon pays, en dehors du centre culturel français qui organise des rencontres intitulées « l’heure du conte pour les enfants » il n’ya rien d’autre pour revaloriser le conte. C’est pourquoi à mon niveau, j’essaye de faire revivre le conte tout en maintenant le système de la francophonie qui organise la fête annuelle de la langue française qui consiste à faire appel à plusieurs conteurs. Et je prends aussi l’initiative d’aller me produire dans les écoles dans le but de promouvoir la parole.
Marie Nadège NLANG

Découverte: Saa, la Rose



La petite localité abrite le Festmoc depuis 4 ans. Entre ville cosmopolite et réalité villageoise, la ville présente des visages complexes. Chronique d’un passage à la ville rose.

Elle porte le nom de Rose. La ville de l’arrondissement de la Lékié qui accueille le Festmoc depuis quatre éditions où des paysages exotiques parsemés de beaucoup de verdure. Son histoire remonte aux années d’indépendance du Cameroun. Des champs de manioc, de maïs, des bananiers et beaucoup d’autres tels que des manguiers, des pruniers, des orangers, des goyaviers et autres pamplemoussiers.
On respire encore de l’air pur par ici, malgré la présence d’une mer de poussière à certains endroits de la ville. Sa’a qui est peuplé de plus de sept mille âmes, compte des quartiers presque inidentifiables à première vue. A l’entrée de la ville, on retrouve la brigade de gendarmerie. Au centre, sont installés la sous-préfecture, le marché et l’hôtel de ville parsemé de fleurs. Ce joyau architectural embellit le coin et fait la fierté des populations. L’une des
particularités de cette ville est qu’on y retrouve une prison qui abrite près de deux cent détenus. Côté scolarisation, Sa’a possède plusieurs écoles primaires et secondaires.
Ville paisible et très ensoleillée, la proximité de la capitale est un réel avantage. Dans la ville, les habitants n’ont pas beaucoup de choix en ce qui concerne les moyens de transport, puisqu’ici, la mototaxi reste le seul moyen de déplacement pour aller d’une ville à une autre. A sa’a, il existe le problème des délestages intempestifs en longueur de journée, et du manque d’eau potable.
La nuit tombée, Sa’a ressemble à un site féerique malgré la présence très remarquée des chiens errants dans les rues. Avec une nature qui damnerais le cœur de n’importe quel visiteur qui peut admirer un magnifique jeu astral entre la lune et les étoiles qui émerveillent tous les esprits. En vérité, il n’est pas très exact de parler de visite en ce qui concerne Sa’a. Parce que c’est une localité à vivre, à compulser, à partager à travers ses villages, sa population cosmopolite et sa verdure.
Marie Nadège NLANG

Il a dit ……………………… Denis Blaise Bidjo, enseignant en communication africaine, Leçon inaugurale du Festmoc prononcée lors de la cérémonie solennelle



«en communication africaine, le conte se range du côté du discours narratif.
Le conte peut donc influer sur d’autres supports acoustiques phonologiques simples à savoir : le nom, la devise, la lamentation, l’énigme, la devinette, le mythe, la satire, la prière, la conjuration, la commination, l’implication, l’exorcisme, le récitatif d’enfant, la lamentation, les pleurs avec sons articulés, Le dialogue, le monologue, l’onomatopée, le sermon ou le texte rituel…

Il est vrai, et ceci reste incontournable, le conte reste la plateforme et l’ossature de la philosophie du nègre, ou ses sources émanent des préceptes moraux et de sagesse. Les contes, les épopées et légendes, sont d’un grand apport dans notre vie de tous les jours d’où la moralité et la sagesse en font les maîtres mots de notre philosophie de l’être. Le conte a donc toute sa place pour que les langues africaines au moyen des tons et du texte prosodique, qui n’est autre que l’embellissement du narratif, du texte voire du discours parémiologique dans l’ensemble. Le conte qui se résume comme étant à la fois le récit des faits réels (histoire), récit des faits d’aventures imaginaires destinés à distraire. Il est aussi une aventure, un fait étonnant, charmant, histoire invraisemblable et mensongères.


Le conte comme mode de communication traditionnelle se doit à tout prix être un des canons du discours narratif, et de la pensée africaine. »
Marie Nadège NLANG

Hommage à Ntom lebel



Sa Majesté Kombolo Marie Philémon, chef du village Ntom Lebel

-Que pensez-vous de la cérémonie en hommage à Severin CECILE ABEGA au village ?

« J’apprécie cette initiative en hommage à mon frère. Les français ont eu Molière. Aujourd’hui, au vu de tout ce qui s’est passé dans notre village, je puis dire solennellement que nous avons aussi eu notre Molière.
Ces activités pour honorer sa mémoire, prouvent pour nous que Pr Severin Cécile ABEGA n’est pas mort. En plus de cela que ses travaux et son héritage entier sont repris par vous le FESTMOC-P et son épouse à qui je tiens à présenter mes sincères remerciements. Mon frère me disait souvent que « le jour de ma mort, tu recevras beaucoup d’étrangers et tu auras beaucoup de problèmes. » je le comprends de mieux en mieux surtout quand à la pérennisation de sa richesse qui n’est pas que matérielle mais comporte d’immenses travaux. Je réitère mes remerciements au comité d’organisation et à mon épouse madame ABEGA pour la pérennisation des richesses du Pr ABEGA. Nous avons longtemps cru, le village tout entier que la disparition du Pr c’était aussi la fin avec tous les membres du FESTMOC ainsi que leurs invités. Au vu de tout ceci, c’est dire que droit dans mon âme, mon peuple et moi sommes fiers. »


Tiko Léon, oncle de Severin Cecile Abega
« Je suis très content d’accueillir les étrangers chez moi. Un grand merci à l’équipe du Festmoc et à tous ses invités. Notre souhait serait que ces actions en
hommage et en direction de notre village Ntom Lebel ne s’arrêtent pas. Car à partir de là, nous pensons toujours à notre fils disparu et croyons fermement qu’il reste encore parmi nous. »

Joséphine ESSOGO, belle sœur

« Notre joie est débordante. Depuis la disparition de Severin Cécile ABEGA, nous
avions perdu tout espoir de revoir tout ce beau monde qu’il trainait ici. Aujourd’hui, avec l’arrivée du comité d’organisation du Festmoc-Patrimoine et ses invités venus des quatre coins du monde, nous rassure. Certes, Il est mort pour nous il continue à vivre. Nous disons merci que vous continuer à penser à nous. Cela fait en sorte que nous ne sommes pas prêts à l’oublier. »

Propos recueillis par Martial.E. NGUEA

Hommage: Entre ciel et terre



Tout le village s’est mobilisé pour cette journée hommage à leur fils. Severin Cécile Michel Abega. Ce digne fils que le ventre de la terre a avalé le 24 mars de l’année en cours sans crier gare. Laissant ainsi sa mère, son épouse et les enfants ainsi que ses multiples frères.
La famille Festmoc-P, est «allé faire son deuil » explique Toumani Kouyate. « Quand on y arrive, c’est là qu’on se rend compte combien la douleur est profonde. Car depuis quelques éditions, un des nôtres s’en va nous laissant dans la consternation » poursuit-il.

Au programme de cette journée, un investissement humain, échanges avec les patriarches, interventions contées, des activités qui mettent à contribution tout le monde dans le village. Dans l’organisation une équipe a fait une descente sur le terrain avec le chef Philémon Kombolo, qui a assuré la mobilisation de tous les villages.
La journée très ensoleillée simpliste qui pouvait être collé à son talent. Mais son être aurait souhaité des faits simples. Il avait du comprendre que le chemin du pays de son père n’était plus loin. Lui qui laissait sa pauvre mère, ses frères et sœurs, son épouse ses enfants et tous ses amis qu’ils eurent au travers des rencontres artistiques et académiques pour entre définitivement dans la chaire de la terre. Le ventre de la terre n’a pas honte. Aval é un tel enfant c’est injuste. La vie n’aime pas ceux qui travaillent pour baliser le chemin. Le coup l’avait pris en plein 19 heures. Alors qu’on espérait comme d’habitude qu’il s’en remettra. Il avait cette fâcheuse. Le 05 novembre 2008, le festmoc –P est allé à Ntomb Lebel pour un ultime hommage sur la tombe du défunt. Une journée qui débuta par l’investissement humain.

Il a aimé l’art qui l’a conduit à son ultime souffle. Par le retrait tout simple du souffle de vie. Le 24 mars 2008, sous une consternation systématique de la nature. Il s’apprêtait surement à dire un conte, le dernier Il avait 53 ans. Sa voix douce mâtinée par une forte culture de la nature s’était bloquée à jamais dans son ventre.
M.E.N

Confessions de conteurs



Mohamed Adi, Noundji, Koulnodji et Ndembet se sont produits à l’auditorium du collège Bullier. Emotion et plaisir assurés.

Etonnant réveil pour nos conteurs à l’auditorium du collège Bullier. Tout était garanti pour une prestation mièvre. Une longue journée de collectage auprès des patriarches dans les villages Ova-Abang et Nkolbillon. Plusieurs kilomètres de route avalés au cœur des arbres de la forêt.
Voilà que le dieu des histoires en a fait décrocher plusieurs à Mathias Ndembet, Koulnodji Christian, David Noundji et Mohamed Adi. Un plateau alléchant pour une rencontre qui favorise des échanges Sud/ Nord. Quatre conteurs, quatre colporteurs de rêves devant près de trois cents élèves et parents confondus prêts à tendre l’ouïe aux sulfureuses histoires. Ils tissent une corde de plaisir.

D’abord, Mathias NDEMBET le gabonais et sa Sanza, un peu timide mais de forte personnalité. Son jeu s’imbrique dans une histoire d’amour aux allures d’épopée avec une grosse prime sur le contemporain. On peut se dire qu’il était une fois, une belle à la beauté traumatisante qui repoussa toutes les propositions de mariages des hommes de la contrée. Jusqu’au jour où elle rencontre un bel homme qui finit par la trainer au pays des morts. L’histoire ressemble étrangement au quotidien des jeunes élèves du collège Bullier. Elles la croquent à belle dent. Koulnodji le tchadien et son look des rastas ne passent pas inaperçu avec ses histoires animalières. Des cris fusent pour apprécier son look d’homme de liberté. Cela fait des mules. Son histoire. Le renard et les oiseaux. L’inspiration est sacrée. C’est une plongée de grand conteur nimbée d’une puissante moralité pour la jeunesse qui sort de sa voix frêle. Entre intelligence et force, il y a forcément une relation de proximité. Les élèves l’ont compris et ils partagent avec lui la jolie musique de son balafon. Cependant, Adi a le mal de son corps à se retenir. Lui que sa voix a décidé de lâcher. Le conteur de l’association le Pied nu ne veut qu’y ressortir gorge nu.
Il contera des histoires de sa grand-mère caché. La journée est étrangement séduisante. Les parents n’en finissent de déchirer leurs mâchoires de rire.
Toumani Kouyaté, devenu gros bras ne cesse de diriger les élèves qui affluent instamment. Le plaisir de la journée semble devenu une télépathie pour nos internes avides de tels moments d’évasion. La coupe de ce swing sera pleine avec David Noundji. Le type a trouvé son élément dans l’humour caustique. Ses histoires se déroulent à l’écoute. De sa bouche, il pénètre les corps des élèves qui n’arrêtent plus de rire.

La salle explose au rythme de ses chansons de la langue. Celle de son Ouest natal. La petite Sandra peut alors dire « il nous possède avec ses histoires. Pourtant ces sagesses qui relèvent de l’époque nous les entendons tous les jours. Mais on ne croit que c’est contemporain en le voyant les dire. »
L’émotion était à son comble quand la programmation a mis terme à la soirée qui ne faisait que commencer. Question à leurs hôtes de reprendre la route pour une autre intervention contée à l’hôtel de ville de Saa.
M.E.N

Reportage: Collectage- Passage de mémoire




Le festival est descendu dans les villages de Saa, à la rencontre des Patriarches. Une façon de recevoir de ces monuments ce qui reste encore de contes dans les villages.
Une partie du projet avait été entamé à l’édition précédente avec une rubrique intitulée rencontre avec les patriarches. Elle s’était déroulée dans le village Ntomb Lebel avec le vieux conteur Martin Abega qu’accompagnait sa petite équipe d’artistes du village. Cette année, la rubrique a pris du volume et un nouveau nom, « le collectage». Echanges au cours de laquelle les jeunes conteurs contemporains reçoivent des patriarches, des sagesses ancestrales, des contes pour la plupart dit en langue locale. Ils ont en retour la possibilité de les sauvegarder.
Ce jour est samedi, l’avant-dernier du festival à Sa’a. La direction artistique a prévu un collectage dans deux villages. Ovo-Abang et Nkolbillon. Ils sont situés à plusieurs kilomètres de la petite bourgade de Sa’a. La journée se fait plutôt pressante. On a pris du retard dans le temps. Des voix commencent à se déchirer. Souci de voyageurs, on finit par rejoindre la Land Rover 4X4, qui sert de navette à l’équipe. Direction poussière. Cap sur le village Ovo-Abang. La land Rover entre dans la humble demeure de Joseph Fouda. A l’angle de sa cour, un hangar poussiéreux fait office de paroisse. Très vite, elle va accueillir les invités d’un jour. Affalé sur une chaise Gaston Zogo Ekassi, patriarche mais un vieil érudit de l’oralité et de l’histoire, tonne d’émotion. Petit temps de reconnaissance des lieux, Véronique Mendouga introduit les débats. Les villages sortent de partout. Le chef Onana André arrive. Et le conte commence.
Histoire, conte
On les appelle les gardiens de la tradition. Leur nombre est en nette régression. Ils détiennent les histoires de leurs ancêtres. Dans ce village, les hommes contents les légendes et les femmes vous dressent un sulfureux livre de contes. En un rien, on a pu faire le tour des origines savamment dites par Gaston Zogo et son chef qui ont présenté comme des épopées l’histoire des grands hommes de ce pays Manguissas. Les « berceuses » n’ont pas manqué à l’appel en disant toutes de jolies histoires authentiques. Après ces richesses recueillies à nu Mohamed Adi dit « le solidaire » s’est retiré pour déballer son sac de trois cent kilo de vêtements. Des youyous ne sont guère restés en arrière pour saluer le geste.
La caravane s’ébranle cette fois pour Nkolbillon.
L’incroyable gentillesse du patriarche Minkala bien conforté dans ses 72 ans a tétanisé le regard de tous les conteurs. Ils ont oublié d’un trait les difficultés traversées pour arriver dans ce village, vraiment enclavé sans électricité. Mais le luxe est un quotidien. Une Rav 4 barre la cour qui sert de garage au patriarche. Sa maîtrise de la langue française, sa culture déconcertent. Une véritable bibliothèque vivante.
M.E.N

Mathias NDEMBET Au nom de ma mère !



Descendant d’une conteuse traditionnelle, le conteur gabonais érudit des scènes internationales du théâtre, du cinéma et de la musique des années 90, n’a pas perdu grand’chose de sa passion. Sinon un peu de sa fougue juvénile. Mathias NDEMBET, est artiste. Titulaire d'un Bacc artistique, il passe avec brio le concours d’entrée à l’ école nationale d’arts et manufacture(L’E.N.AM). Dès son bas âge il entre à l’école de Quaben et ses études même quelques fois l’ont détourné des sources. Né un 03 avril 1968 à Libreville au Gabon, Mathias NDEMBET est initié au conte par sa mère qui est une conteuse traditionnelle, « ce qui a conditionné ce que je suis devenu aujourd’hui, Un conteur ». Il passe la majeure partie de sa scolarité secondaire au collège catholique de quaben. Il passe le concours de l’E.N.A.M (de Libreville sur conseil de ses professeurs qui ont remarqué son amour pour le théâtre, où après quatre années d’étude, il en ressort en 1993 nanti d’un diplôme d’art dramatique, et du prix du meilleur comédien de la saison théâtrale organisée officiellement en 1991 par le ministère de la culture de son pays. Durant toute sa formation professionnelle, il acquiert des techniques de théâtres « de jeu d’acteur » et effectue de nombreux stages dans des pays tels que le Benin, le Burkina Faso, la France, la Tunisie, le Canada etc.
Depuis, tour à tour il a exercé sa profession de comédien, au théâtre national jusqu’en 1995, a participé à la création de plusieurs troupes de théâtre, acquiert une formation sur le tas en radio ce qui le conduit à devenir producteur et animateur en radio, mais également en télévision où actuellement il travaille pour « pop swing youpi » une émission pour enfants où à travers contes, et chants on enseigne aux enfants les valeurs culturelles du pays. Cependant, alors qu’il représente son pays en 1997 au 3ème jeu de la francophonie où il remportera la médaille d’argent. Son instinct de conteur se révèle naturellement en lui « je me suis souvenu que je suis le fils d’une conteuse traditionnelle » Et c’est ainsi qu’il essaye de faire le juste milieu entre le conte et le théâtre mais finalement le premier l’emporte. En tant que conteur, il a effectué un stage en Belgique, a reçu le prix de la délégation générale de la langue française, et a été finaliste du grand prix du conteur. Comme conteur, il a été la révélation du MASA 2003.En termes de conteur, Mathias NDEMBET est une référence au Gabon et ses mémoires servent de repère pour des étudiants. Dans son pays, il occupe une fonction administrative et est également enseignant de conte et de théâtre de lycées et collèges. Ce personnage multifonctionnel est le créateur d’un festival interculturel, et d’une compagnie de la parole qui forme des conteurs depuis 2002.
Père d’un petit garçon âgé de sept ans qui d’après lui est « son sosie », Mathias NDEMBET se fond en admiration devant la grandeur d’esprit de son fils. Ce passionné de l’imaginaire aime la lecture, la chaleur humaine et prétend avoir un esprit un peu dangereux « quand je m’attache à quelqu’un, je crée beaucoup d’histoires autour de celle-ci ce qui n’est pas toujours réciproque ». Ce conteur qui aime donner de son temps au service des autres est un grand cœur sensible qui raffole du mets de « ndolè aux miyondos » un plat traditionnel du littoral au Cameroun.
Marie Nadège NLANG

Portrait croisés Bertrand BALEGUEL= Sandrine POUTA



Allure jeans et T-shirt, cheveux à la Corneille, teint noir ébène, regard perçant et sourire puéril, Bertrand BALEGUEL, jeune conteur camerounais né le 07 septembre 1985 à Yaoundé n’est pas du genre à passer inaperçu. Du haut de ses 1m66, ce jeune garçon ne fait partie du monde de la culture que depuis six ans seulement. Comédien de vocation, Bertrand BALEGUEL fait partie de la compagnie « DIBEN », compagnie de théâtre, de conte et d’humour qui en 2005 remporte le prix national d’un festival intitulé « les scènes nationales du théâtre » où il reçoit une formation dans le domaine du conte.
Ainsi, ce jeune conteur affiche déjà dans son palmarès, le prix du meilleur sketch remporté en mai 2007 dans le cabaret francophone au Cameroun avec pour président Donny ELWOOD. Aussi, en tant qu’auteur de conte, il reçoit le 3ème prix du jeune écrivain organisé par le P.J.E (prix du jeune écrivain) France concours qui vise à éditer les jeunes écrivains.
Née le 06 mai 1979 à Yaoundé, Sandrine POUTA jeune conteuse se lance dans le théâtre en 1998. Esthéticienne de formation, à Elysée Marbeuf à Yaoundé, cette sirène noire de 1m83 pour 70 kg est poussée dans le monde culturel par amour pour la littérature.
Ceci étant, elle fait la rencontre du metteur en scène Alex David LONGANG qui va réveiller en elle, cette passion cachée pour le théâtre.
Cette jeune artiste originaire de la province du littoral est membres de l’association des femmes artistes, mais également de l’association carrefour des conteurs contemporains depuis bientôt trois ans.
Marie Nadège NLANG